La propagation des evenements d’adana de 1909 a kahramanmaras et les jugements faits par l’orifice du tribunal militaire de kahramanmaras

En 1908, Abdülhamid II annonçait le rétablissement de la constitution ottomane. Le gouvernement constitutionnel promulgua des lois égalitaires. Les Arméniens se mobilisèrent pour que ces lois soient appliquées, et ils commencèrent à dévoiler leurs comités et communautés secrètes pour exprimer leurs requêtes, requêtes qu’ils avaient depuis bien longtemps, et à conduire leurs actions indépendantistes au vu et au su de tous. Plus encore, ils créèrent divers symboles qui exprimaient tout cela. Une image d’une fille symbolisant l’Arménie et des symboles ornés de drapeaux qui désignaient Van, Kharpout et Diyarbakır comme étant des provinces arméniennes étaient dessinés sur les papiers de cigarette et étaient utilisés par le peuple. Le gouvernement interdit strictement le passage en douane de ce genre d’objets symboliques qui porterait préjudice à la politique d’unité nationale (BOA, DH. EUM. THR. 7/2). Certains comportements des non-musulmans firent naître un désagrément auprès du gouvernement. Par exemple, on n’approuvait pas le fait que les représentants arméniens préparent des listes de fonctionnaires à renvoyer pour les soumettre au le gouvernement (BOA, DH. MKT. 2910/41). Ces agissements des Arméniens inquiétaient les citoyens musulmans. Certains dirigeants passaient outre la sensibilité du peuple et montraient un grand intérêt pour les chrétiens, ce qui ne plaisait pas à certains musulmans (Bağdatlıoğlu, 1942 : 17).

La promulgation de la constitution fut célébrée par des réjouissances organisées conjointement par les Turcs et les Arméniens. Cependant, l’influence des religieux ayant perdu leur enthousiasme pour le nouveau régime et l’insatisfaction concernant les différentes activités du gouvernement conduisirent peu de temps après à une inquiétude du peuple. En effet, chaque nouvelle modification déclenchait des débats entre les personnes aux idées modernes et ceux aux idées traditionnelles et des réactions des milieux traditionnels (Kara, 2001 : 47). Les oulémas, qui n’avaient pas la force nécessaire pour stopper la politique de modernisation entamée par le gouvernement, essayèrent de regagner leur prestige perdu en attirant à eux les personnes instruites en matière de religion. Ainsi, il se dessina d’un côté un gouvernement cherchant son salut dans la modernisation, et de l’autre côté une société trouvant toutes les tentatives de modernisation insignifiantes, ou bien n’ayant en tout cas pas conscience de ce qui était fait (Okutan, 2008 : 262).

Les anciennes querelles axées sur la religion toujours en cours entre les musulmans et chrétiens, et les querelles politiques entre les musulmans qui soutenaient l’ancien régime et les partisans d’une révolution influencèrent les élections. Lors des élections de 1908, les musulmans remportèrent la majorité et les chrétiens devinrent secondaires. Les chrétiens, hérissés par leur défaite lors des élections, commencèrent à rejeter toute la faute sur les musulmans et à rejeter la Constitution de l’Empire ottoman. D’après leurs accusations, le gouvernement avait préparé les élections de telle sorte à ce qu’une majorité chrétienne soit impossible. En outre, les chrétiens dirent qu’à cause des violences et des menaces de massacre, les électeurs gardèrent leurs distances avec les urnes dans de nombreuses régions. En fait, la véritable raison de la défaite des chrétiens était qu’ils n’avaient pas soutenu leurs causes respectives et qu’ils n’avaient pas coopéré les uns avec les autres (Kansu, 2009 : 273).

Un autre sujet qui influençait les relations au sein de la société était l’économie. Une désunion se vivait surtout entre le peuple musulman et les Arméniens. Cette désunion a atteint de graves proportions à Adana (Sahara, 2011: 98-102). Après la promulgation de la Constitution et l’amnistie qui l’a suivie, de nombreux guérilleros Arméniens virent l’opportunité de retourner dans le pays. Comme le gouvernement « autorisa tout librement », la vente et l’importation d’armes étaient également librement autorisées (Cemal Paşa, 1996 : 359 ; Dadrian, 2007 : 215). Ceci déclencha un armement rapide de la population. Mettant à profit la grande liberté que leur offrait la Constitution, les Arméniens purent faire entrer très facilement armes et munitions sur le territoire (Sonyel, 1988 : 1267). En plus de ceci, les travaux variés du prête Muşeg importunaient les citoyens musulmans et furent la cause des troubles à Adana. Par ailleurs, certaines publications de journalistes d’Adana provoquèrent le peuple, déteignirent sur la pression que se faisait mutuellement les musulmans et non-musulmans, et jouèrent un grand rôle dans l’apparition des évènements (BOA, DH. MKT., 2863/34).

Les évènements qui commencèrent le 14 avril 1909 à Adana s’étendirent peu après aux environs. Des troubles éclatèrent également dans divers endroits rattachés au vilayet d’Alep, comme Antakya et Kahramanmaras. Suite aux évènements survenus à Kahramanmaras au début du mois de mai, le gouvernement promulgua une loi martiale le 14 mai 1909. Ceci eut une issue rapide, on commença à se tranquilliser, et le 25 mai tout était entièrement calmé. Le gouvernement se décida à envoyer un comité d’inspection à Kahramanmaras. Sadık Pacha, le commandant du régiment de la réserve militaire d’Alexandrette fut nommé à la tête du comité. Afin que les incidents ne recommencent pas, de nombreuses personnes furent arrêtées et placées sous surveillance (BOA, DH. MUİ, 2-1/11). D’autre part, le gouvernement mit en œuvre des activités d’assistance pour ceux qui subirent des dommages lors des incidents. Les décisions sur ce sujet qui se trouvaient dans ce décret étaient comme suit (journal İnkılâb, 31 juillet 1909) :

« 1 – Pour la construction des lieux de culte, écoles et logements brûlés lors des troubles, ainsi que pour la protection des personnes qui se retrouvent sans toit, et pour l’approvisionnement en outils et matériel nécessaires aux agriculteurs et aux artisans , sont attribuées 20 mille livres pour le vilayet d’Alep et 100 mille livres pour le vilayet d’Adana.

2 – Par ailleurs, 100 mille livres ont été attribuées par le gouvernement pour assurer la reprise des activités d’artisanat, de commerce et d’agriculture qui subirent des préjudices pendant les troubles.

3 – Le Ministère des Finances sera responsable de l’exécution de ces ordres. »

A la fin des travaux du comité de la Cour Martiale, les noms et adresses des personnes ayant participé aux troubles furent déterminés. Alors que certains furent arrêtés et jugés, d’autres s’enfuirent. Parmi les fugitifs, il y avait 28 Arméniens de Zeïtoun, 1 Arménien de Kahramanmaras et 38 musulmans (BOA, DH. MUİ, 98-2/15). Par ailleurs, 60 personnes qui étaient déclarées comme fugitives après les troubles d’Adana, furent arrêtées à Kahramanmaras (journal Tanin, 30 mai 1909).

Le tribunal martial de Kahramanmaras rendit promptement ses jugements et les procès furent terminés. D’après ces jugements, les fournisseurs de poudre et d’armes pendant les troubles furent déclarés coupables au premier degré. Serkis et Ispator du village de Alabaş de la sous-prefecture de Zeytin, lesquels avaient, de source sûre, importé de la poudre, ainsi que l’armurier Bayezidoğlu Ali Usta qui vendait de la poudre, furent condamnés chacun à une peine de 3 ans de travail forcé. Pour avoir commit des meurtres lors des troubles, Mehmet fils de l’épicier Mustafa, Ökkeş fils de Delioğlan (BOA, DH. MUİ, 33-2/1), Mehmet fils de Hacı Efendi et Hüseyin fils de Ökkeş furent chacun condamnés à 15 ans de travail forcé ; et pour l’aide qu’il leur fournit, Abdullah fils de Haşiroğlu Veli fut condamné à 4 ans de travail forcé (BOA, DH.MUİ, 2-4/35). Pour avoir provoqué la foule et tué un homme, Veli fils de Çilingir Bilal fut lui condamné à la peine capitale (BOA, İ. ASK, 1327/Za-80). Le tribunal martial de Kahramanmaras fit encore bien d’autres jugements et prononça de nombreuses peines. On constate que ceux qui commirent des meurtres et ceux qui blessaient des gens furent condamnés à des peines de travail forcé de 3 à 15 ans. Ceux qui extorquaient et pillaient furent condamnés à des peines de travail forcé de 3 à 5 ans, et les bien volés furent restitués à leurs propriétaires (Günay, 2009 : 66-69).

Pour pouvoir enquêter sur les évènements survenus dans la sous-préfecture de Göksun, une commission d’enquête volante fut envoyée par le tribunal martial de Kahramanmaras. Les résultats de la commission établirent que les évènements étaient survenus en particulier dans le village de Anacık. On y condamna à la peine capitale ceux dont on avait constaté qu’ils avaient tué et blessé des personnes : Bayram fils de Halil, Petit Ali du village de Tokmaklı, Durdu fils du cordonnier Bekir (BOA, İ. ASK, 1327/Ş-69), Ali le noir, Veli Ahmet et Süleyman (BOA, DH. MUİ, 43-1/13). Le tribunal condamna à Göksun les autres personnes jugées à une peine de travail forcé variant entre 3 et 15 ans en fonction de leur crime. Le tribunal martial de Kahramanmaras fit aussi des recherches sur les évènements survenus dans le village de Kişifli. Dans le village, de nombreuses peines furent prononcées pour meurtre, pillage et incendie volontaire. Ces peines étaient entre 1 et 15 ans de travail forcé, et la peine de mort (Günay, 2009 : 71-74).

Suite à l’enquête menée par le tribunal à Zeïtoun, il fut établi que des Zeïtouniotes fondèrent des associations aux activités politiques, et que d’autres fabriquaient des armes. Les jugements des Arméniens Zeïtouniotes terminés, 20 d’entre eux, dont la majorité s’évada, furent condamnés entre 3 et 6 ans de peine de travail forcé. Le cocher Garabet, pour lequel il avait été établi qu’il avait réparé des armes, fut condamné à une peine de 10 ans. Le représentant Arménien Vagarşak Efendi fut condamné à l’exil de Zeïtoun pour avoir abusé de son pouvoir, et le gestionnaire des finances, Asador Efendi fut, pour le même crime, interdit de travail et condamné à s’éloigner de Zeïtoun (BOA, İ. ASK, 1327/Z-21). Il fut d’autre part décidé que, pour leurs insuffisance pendant les troubles, le sous-préfet de Zeïtoun, Ibrahim pacha, serait interdit de travailler dans la fonction publique pendant 3 ans, et que les anciens policier et membres des forces de l’ordre Mehmet Efendi et İshak Ağa seraient dans un premier temps suspendus de leurs fonctions, puis mis à la retraite. Cette décision a été appliquée par le renvoi de İbrahim Pacha de ses fonctions dans la Sous-préfecture d’Antakya le 26 novembre 1909 (BOA, DH. MUİ, 43-2/4).

Une fois les évènements de Kahramanmaras terminés, et les jugements achevés, le tribunal martial de Kahramanmaras fut aboli. Cette décision entra en vigueur après l’accord du sultan le 21 octobre 1909 (BOA, İ. ASK. 1327/ L-16). On peut voir que les jugements rendus par le tribunal martial de Kahramanmaras ont prêté de l’importance à la nature du crime. On voit également que lors de jugements le fait que les coupables soient musulmans ou Arméniens n’a pas été pris en compte, et que les musulmans et Arméniens ayant commit le même crime ont reçu la même condamnation. Le tribunal a punit tout ceux qui étaient intervenus dans les troubles. Les peines les plus lourdes prononcées étaient telle que la peine de mort et la prison à vie pour ceux qui avaient encouragé les troubles et commit des meurtres. Les condamnés à mort furent exécutés dans un court laps de temps (Günay, 2009: 87, 90).

Bibliographie

BOA. DH. MKT; 2863/34, 1327 C 12.

BOA. DH. EUM. THR; 7/2, 1327 N 20.

BOA. DH. MUİ; 2-1/11, 1327 Ca 7.

BOA. DH. MUİ; 98-2/15, 1328 B 10.

BOA. DH.MUİ; 2-4/35, 1327 Z 27.

BOA. DH. MUİ; 33-2/1, 1327 Za 1.

BOA. DH. MUİ; 43-2/4, 1328 M 27.

BOA. İ. ASK; 1327/ Za-80.

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İnkılâb (journal); 31 Juillet 1909.

Tanin (journal); 30 Mai 1909.

Bağdatlıoğlu, Adil (1942), Uzun Oluk (İstiklâl Harbinde Maraş), İstanbul.

Cemal Paşa (1996), Hatırat, sous la direction de Metin Martı, İstanbul.

Dadrian, Vahakn N. (2007), İttifak Devletleri Kaynaklarında Ermeni Soykırımı, İstanbul.

Günay, Nejla (2009), 100. Yılında 1909 Maraş’ta Ermeni Olayları, Kahramanmaraş.

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Kara, İsmail (2001), İslâmcıların Siyasî Görüşleri 1 Hilafet ve Meşrutiyet, İstanbul.

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Sahara, Tetsuya (2011), “A Hidden Agente: Dispute Over The Armenian Land ownership on The Eve of The Adana Incident 1909”, 1909 Adana Olayları Makaleler, Ankara.

Sonyel, Salâhi R. (1988), “İngiliz Gizli Belgelerine Göre Adana’da Vuku Bulan Türk-Ermeni Olayları (Temmuz 1908- Aralık 1909)”, Belleten, p. 199-201, p. 1241-1289.

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