L’un des ministres Ottomans d’origine Arménienne : Gabriyel Noradunkyan Efendi (1852-1936)

Gabriel Noradunkyan est l’un des bureaucrates arméniens les plus éminent du XIXème siècle. Il exerça d’importantes fonctions au sein du gouvernement ottoman pendant la période de l’effondrement de l’Empire. En plus de son siège au Sénat (Meclis-i Ayan) il occupa également les postes de Ministre du Commerce et des Travaux Publics et de Ministre des Affaires étrangères.

Gabriel Noradunkyan Efendi

Gabriel Noradunkyan Efendi

Fils de Krikor Noradunkyan, Gabriyel est né en octobre 1852 à Üsküdar (Istanbul). Il fit ses études élémentaires à Istanbul, puis fut diplômé du Collège Français Saint Joseph de Kadıkoy en 1869. Après avoir exercé dans le commerce pendant un temps, il partit à Paris dans le but de poursuivre ses études. Là-bas, il étudia au Collège de France, à l’Université de la Sorbonne puis à l’Ecole des Sciences Politiques. Ainsi, il reçut une formation à la fois en droit, en sciences politique et en diplomatie. Maîtrisant le français, l’anglais et l’italien, Gabriyel Efendi enseigna à l’Ecole Royale de Droit et au Lycée arménien Getronagan de Galata. En outre, il fut l’auteur d’un livre intitulé Recueil des Actes Internationaux de l’Empire ottoman qui contient tous les accords signés par l’Empire ottoman jusqu’à la période de sa rédaction. Gabriyel Efendi se maria avec Marie, fille du bijoutier Hagop Çobanyan. Ensemble ils eurent une fille Anayis et un garçon Diran Kirk, qui devint diplomate comme lui (Pamukciyan, 2003, s. 31)

Après ses études, Gabriyel Efendi revint à Istanbul avec Ali Pacha, l’ambassadeur à Paris de l’époque. Le 14 décembre 1875, il commença à travailler au Secrétariat aux Affaires étrangères (Hariciye Kitabeti) et quelques mois plus tard il fut transféré au Bureau des correspondances des Affaires étrangères (Tahrirat-ı Ecnebiye Kalemi). Au cours de son service, il participa aux principales délégations dédiées à la résolution des conflits entre l’Empire Ottoman et les Etats étrangers. Le 28 mars 1881, il fut nommé Secrétaire Général de l’ambassade ottomane à Podgorica et fut relevé de cette fonction le 12 mars 1883 (BOA, DH. SAİD, 81/473). Le seul service qu’il effectua à l’étranger lors de ses fonctions publiques était à Cetinje (Monténégro).

Podgorica’daki görevinden İstanbul’a dönen Gabriyel Noradunkyan, Sadrazam Küçük Said Paşa’nın teklifiyle uzun süre görev yapacağı Babıâli Hukuk Müşavirliği’ne atanmıştır (Kévorkian, 1995, s. 8). İngilizler onun “dar görüşlü” ama kendisinin “zeki bir hukukçu” olduğunu belirtirler (Gooch ve Temperley, 1967, s. 13,14). Kırk yıla yakın İstanbul’da yaşayan İngiliz diplomat Edwin Pears da onun, Rum Karateodori’den sonra II. Abdülhamid’in bürokratları içindeki en ehil hukukçu olduğunu yazar (Pears, 1917, s. 216). Bir başka İngiliz diplomat ve politikacı Aubrey Herbert de anılarında, Gabriyel Efendi’yi “vatansever bir Ermeni” olarak niteler (Herbert, 1924, s. 273).

De retour à Istanbul après son service à Podgorica, Gabriyel fut nommé au Conseil Juridique ottoman par proposition du Grand Vizir Kucuk Said. Il y travailla longtemps (Kévorkian, 1995: 8). Les Anglais le définissait comme « un juriste habile » mais « étroit d’esprit » (Gooch ve Temperley, 1967: 13,14). Le diplomate Anglais Edwin Pears qui vécut près de quarante ans à Istanbul fit l’éloge du juriste, le désignant comme le plus qualifié parmi les bureaucrates du Sultan Abdülhamid II après le Grec Karateodori (Pears, 1917: 216). Dans ses mémoires, un autre diplomate et politicien anglais, Aubrey Herbert, qualifia Gabriyel Efendi comme étant un patriote arménien (Herbert, 1924: 273).

Bilingue et ayant reçu une bonne formation, Gabriyel Efendi se distingua par un succès exceptionnel dans toutes les fonctions qu’il exerça et dans les missions auxquelles il participa. En effet, ces caractéristiques lui valurent divers rangs et médailles. Par exemple, il fut médaillé pour ses propositions lors de l’accord de paix entre l’Empire ottoman et la Grèce en 1897, toutes acceptées par le Sultan Abdülhamid (Kévorkian: 21, 22). De même, il fut récompensé avec d’importantes médailles par des gouvernements étrangers en raison de ses compétences attestées au sein des commissions internationales (BOA, DH. SAİD, 81/473). En 1903, une médaille d’affection fut attribuée à son épouse et à sa fille. Le fait que l’Empire récompensât Noradunkyan et sa famille à l’époque même où certains Arméniens se tournaient vers la rébellion et le terrorisme, démontre que la politique ottomane envers les Arméniens resta ouverte et tolérante.

Le 15 décembre 1908, Gabriyel Efendi fut nommé membre au Sénat (Meclis-i Âyan) par le Sultan Abdülhamid (Demirci, 2006: 476). Venant de la bureaucratie civile, Gabriyel Noradunkyan exerça des fonctions dans plusieurs comités du Sénat. Il fut chargé d’importantes missions telles que la présidence dans les travaux du Sénat ou encore porte parole de ce dernier. C’est la raison pour laquelle il contribua largement au processus législatif. Ces faits montrent à quel point il était un technocrate très influent (Demirci, 2003: 309). Au cours de son mandat au Sénat, Noradunkyan fut l’un des fondateurs de l’organisation charitable, non gouvernemental Hilal-i Ahmer (aujourd’hui, Türk Kızılayı, le Croissant rouge turc) et travailla de plus dans les cabinets gouvernementaux mis en place à cet époque. Il effectua ainsi la fonction de Ministre du Commerce et des Travaux Publics dans les gouvernements respectifs de Kamil Pacha, Hüseyin Hilmi Pacha, Ahmet Tevfik Pacha ainsi qu’au sein du deuxième gouvernement de Hüseyin Hilmi Pacha. Il démissionna le 9 septembre 1909 et fut remplacé par son congénère Bedros Hallacyan, à la suite de l’intense campagne du journal Tanin, considéré comme un organe de publication du Parti Union et Progrès (Yalçın, 2001: 155). Gabriyel Efendi perdit la confiance des Jeunes Turcs (İttihatçılar) qui le percevaient comme un proche trop loyal du Sultan Abdülhamid.

Au cours de son mandat au Sénat, Gabriyel Noradunkyan fit partie de la délégation chargée d’informer les gouvernements étrangers de l’accession de Mehmet V Rechad au trône (Simavi, 2007: 46). Accompagné de l’ancien Grand Vizir Tevfik Pacha et du 1er major de l’armée Ferik Halil Pacha, il se rendit à Vienne, Saint-Pétersbourg et à Berlin. Afin de quitter le groupe en Allemagne, Tevfik Pacha nomma Gabriyel Efendi à la tête de la délégation. Cette dernière continua son périple en passant par Stockholm, Belgrade et Bucarest (Kodaman ve Ünal, 1996: 59).

Gabriyel Noradunkyan remplit les fonctions de Ministre des Affaires Etrangères dans le gouvernement de Kamil Pacha d’octobre 1912 avec le Cabinet de Gazi Ahmet Muhtar Pacha qui lui même avait pris service en juillet 1912. Toutefois, il n’occupa cette fonction que pendant six mois et vingt-cinq jours. Le succès dont il fit preuve au Secrétariat de ce ministère pendant des années ainsi que son aptitude dans le domaine diplomatique influencèrent fortement sa nomination à ce poste de ministre.

Lorsque les Etats des Balkans déclarèrent la guerre à l’Empire ottoman avec le soutien et l’encouragement de la Russie, Noradunkyan Efendi alors Ministre des Affaires Etrangères se vit contraint d’effectuer une tâche assez difficile. En effet, le gouvernement ottoman fut pris au dépourvu par les guerres des Balkans. Malgré tous les avertissements du Chargé d’affaires à Athènes Galip Kemali Bey, les armes achetées par la Serbie auprès des gouvernements européens furent autorisées à être envoyées à Belgrade à travers le port de Thessalonique. D’ailleurs, à la suite de l’annonce du maintien de la paix régionale garantie par la Russie à Gabriyel Noradunkyan, 120 soldats du bataillon avaient été démobilisés (Turan, 1999:248). En outre, l’hiver approchant l’Empire ottoman n’envisageait pas que les Etats des Balkans et surtout la Bulgarie pourraient déclencher une guerre. A cet égard, Gabriyel Efendi déclara dans un journal d’Istanbul de l’époque qu’« il n’y avait aucune raison de ne pas croire en la sincérité de la déclaration de paix du gouvernement Bulgare » (Andonyan, 1999:192).

En conséquence, l’Empire ottoman connut avec la guerre des Balkans l’une des plus lourdes défaites de son histoire. Le rédacteur en chef du journal Matin, le Français Stéphane Lausanne, était l’invité de Noradunkyan dans la soirée où Kırklareli (à l’est de l’actuelle Turquie) tomba aux mains de l’ennemi. Il décrit l’état Noradunkyan comme suit : « Ce soir j’étais invité à dîner chez le Ministre des Affaires Etrangères Gabriyel Noradunkyan. Avant le dîner le Ministre entra soudainement dans le salon. Son visage était pâle. Il était confus. Il dit d’une voix basse :

« quelque chose sans précédent dans notre histoire s’est produit… Nos soldats ont quitté Kırkkilise. Ils n’ont pas été vaincus, ils ont paniqué ». Et il ajouta : « parmi nos soldats beaucoup étaient d’origine bulgare et grecque. Le nombre de nos officiers aussi était mince. Ces derniers se feront oublier en politique dans peu de temps » »

(Andonyan, 1999: 465).

Au cours des négociations d’après guerre, Noradunkyan Efendi fit une déclaration résolue sur le cas de la ville d’Edirne : « si Edirne continue à résister nous nous battrons pour la délivrer. Si Edirne tombe nous combattrons pour la récupérer » (Hall, 2003: 106). Noradunkyan joua un rôle actif dans l’opération de sauvetage du Sultan Abdülhamid à Thessalonique durant la guerre des Balkans. L’ancien sultan fut ainsi ramené à Istanbul en appliquant le scénario que Noradunkyan avait prévu (Kévorkian, 1995: 30-34).

Dans ses mémoires, le chef religieux Cemalettin Efendi dénonça Noradunkyan comme étant le responsable de la tragédie des Balkans. En vérité, Cemalettin pointa du doigt la perception jugée fataliste de Noradunkyan de la guerre des Balkans. Selon lui, Noradunkyan pensait que « le sort était déjà jeté » et que rien ne pouvait être fait en raison de la conjoncture internationale (Cemalettin Efendi, 1990: 86-87).

Le 26 janvier 1913, trois jours après le coup d’état du Parti Union et Progrès, Noradunkyan et sa famille s’exilèrent en France, pays dans lequel il vécut jusqu’à sa mort. Son départ à l’étranger avec sa famille montre qu’il craignait des mesures de répression et ressentait que leur vie était en danger. En outre, il démissionna du Sénat le 17 novembre 1916 en prétextant un traitement de santé permanent à l’étranger. Il déclara dans sa lettre de démission, qu’en raison de ses quarante-cinq ans de service à sein de l’Etat il souhaitât percevoir son salaire de sénateur jusqu’au paiement de sa pension (BOA, İ. DUİT., 11/35).

La position de Gabriyel Efendi sur la question arménienne doit être examinée en deux étapes. En effet, son attitude en tant que fonctionnaire et ministre fut complétement différente de celle de 1913 où il séjourna à l’étranger.

Dans la première période, alors qu’il était un bureaucrate performant et un ministre ottoman, Noradunkyan réalisa beaucoup de travaux afin de répondre à la crise de sécurité que rencontrait l’Etat. Par exemple, en raison des mouvements terroristes, le Sultan Abdülhamid II restreignit les opportunités économiques des Arméniens. Le gouvernement déploya ainsi des efforts pour ne pas leur donner d’emplois. Les élites arméniennes, contraints par cette politique du Sultan Abdülhamid vinrent lui rendre visite afin de l’apaiser. Figuraient parmi ces visiteurs le Patriarche Arménien, le sous-secrétaire du ministère des Affaires étrangères Artin Pacha et Gabriyel Efendi. Ils affirmèrent au Sultan « qu’ils allaient écrire aux comités arméniens pour leur faire savoir à quel point la poursuite de leurs activités était risquée pour la nation arménienne et qu’ils dissuaderont aussi les fonctionnaires arméniens qui les soutiennent » (Tahsin Paşa, 1990:183).

Au cours de son service au conseil juridique, Noradunkyan et les leaders de la communauté arménienne avaient déclaré dans une lettre datant du 29 novembre 1890 qu’ils avaient écrit au Sultan Abdülhamid qu’« ils condamnaient cette poignée de séparatistes arméniens » en précisant que cette poignée « n’était pas le représentant compétent de la communauté arménienne » (BOA, Y. PRK. AZJ., 18/13).

Gabriyel Efendi prépara un rapport complet sur la question arménienne et le présenta au Chef du Conseil de l’Etat Saïd Pacha. Dans le rapport, il énuméra les mesures à prendre pour lutter contre les comités arméniens qui se renforçaient de jour en jour (BOA, Y. PRK. ŞD., 2/18). En résumé, avant 1913, Noradunkyan tenait une position loyale envers l’Etat et hostile envers les comités arméniens.

Après s’être installé en France, Gabriyel Noradunkyan se forgea une tout autre personnalité et se retourna contre l’Etat. Resté à l’écart des débats intellectuels et politiques pendant quelques années, Noradunkyan réapparut sur la scène politique après la défaite de l’Empire ottoman lors de la Première Guerre mondiale. Il prit alors part aux mouvements des comités arméniens avec pour ambition de constituer un Etat arménien autonome. Lors de la Conférence de paix de Paris (1919) où était discuté le partage des Etats vaincus, il présida la délégation arménienne avec Bogos Nubar. Il s’allia aux Puissances Alliées contre l’Empire ottoman auquel il appartenait jusque là. La délégation arménienne se concentra surtout à créer un Etat arménien dans l’Est de la Turquie. Cet objectif fut réalisé avec le traité de Sèvres.

Gabriel Noradunkyan Efendi 2L’une des explications que l’on peut apporter sur le changement brusque de position de Noradunkyan est d’ordre stratégique. En effet, sentant que l’Empire ottoman était désormais sur le point de se dissoudre, Gabriyel Efendi conçut que la nation arménienne – à laquelle il appartenait – devait s’organiser en Etat au sein de la nouvelle recomposition politique de la région. En d’autres termes, la conscience et la nostalgie d’un Etat-nation de Noradunkyan précédèrent son attachement à l’identité impériale. Cette période fut aussi celle du renforcement et de l’avènement de l’idée d’Etat-nation.

Après la Conférence de paix de Paris, la délégation arménienne dirigée par Noradunkyan participa à la conférence de Lausanne. Dans les négociations, il prit à la fois le parti de la délégation Turque et de celui des autres Etats. Les représentants arméniens demandèrent à la France et à l’Angleterre de contraindre la délégation turque de tenir leur engagement envers les Arméniens pour les crimes commis pendant et après la Première Guerre mondiale. A la session du 26 décembre 1922, à laquelle la délégation turque refusa de participer, la délégation arménienne présenta le rapport qui listait l’ensemble de leurs demandes aux les Puissances Alliées. Lors des négociations, Horace Rumbold demanda à Noradunkyan Efendi de montrer sur la carte quelle partie de la Turquie ils voulaient pour former leur Etat. Il lui indiqua « un territoire s’étendant de Ceyhan entre les frontières de la Syrie et l’Euphrate, incluant Sis et Marach » (Uras, 1987: 725).

Lors des négociations de Lausanne, les approches sans concession de la délégation turque face aux demandes arméniennes épuisèrent les espoirs de cette dernière. En tant que dernière tentative, Noradunkyan Efendi rencontra Ismet Pacha et Riza Nur en face à face (İnönü,1985: 79–83). Ismet Pacha rapporta ses pourparlers avec Gabriyel Noradunkyan à Ankara comme suit : « Noradunkyan Efendi est venu. Il a demandé un territoire arménien pour les réfugiés. Nous nous sommes concertés… » (Şimşir, 1990:192).

Un an après la signature du Traité de Lausanne, Gabriyel Noradunkyan dans une lettre envoyée à Ismet Pacha, demanda de l’aide pour les Arméniens victimes de la déportation qui étaient hors du territoire turc. Il y souligna aussi l’histoire et le destin commun entre populations turques et arméniennes (BCA, 030.01/10.59.5). Disparu de la scène politique, Noradunkyan est mort en 1936 à Paris.

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